A quoi pense un modèle nu ? Et si sa nudité révélée l’entrainait au plus profond de souvenirs très intimes ? Tel est l’exercice littéraire tenté par Pauline Wuth dans Solitude nue. En vivant directement l’expérience.

Par Jean-Luc Bouland

Le ton est donné d’entrée. « Une jeune femme se remémore sa vie sexuelle, alors qu’elle est en train de poser nue« , explique en 4e de couverture la présentation de l’ouvrage édité par Thierry Marchaisse. « Se mettre à poil devant tout le monde, prendre la pose et s’oublier, c’est facile. C’est se déshabiller devant un autre nu qui est bouleversant : on se touchera, peut-être, ce sera doux ou malheureux, angoissé, urgent, raté ; on tremblera. »
Ainsi, chacun des amants de la narratrice est représenté par une lettre de l’alphabet. On passe donc inexorablement avec elle de A à Z, à partir de ses premiers tâtonnements sexuels et au rythme de ses expériences successives, souvent ratées, souvent éphémères, parfois dévastatrices. C’est après sa relation avec N qu’elle a pensé à poser nue pour des artistes, dans une école d’arts. N lui a fait apprécier son corps.

Elle y consacre un chapitre (p64) : « Poser nue : le fantasme d’abord d’une adolescente virginale qui rêvait de bohème et d’art depuis sa province un peu étriquée, depuis ses lectures scolaires; mais aussi le fantasme, je crois, d’un corps qui serait objectivé, d’une situation radicalement dépourvue d’érotisme où le corps nu serait plus respecté, plus indifférent que ce corps habillé qui vaut des remarques dans la rue, des sifflets, des mains au cul, choses qui me faisaient souffrir depuis mes treize ou quatorze ans (…)« .

Pauline Wuth est née en 1985. Elle est enseignante et l’auteure d’un premier roman publié sous un autre nom. Pour cet exercice littéraire, elle a joué le jeu du personnage, et posé nue pour les quelques XX illustrations qui jalonnent l’ouvrage, à commencer par celle de la couverture. Les dessins ont été réalisés par Charlotte Vellin, née en 1987, qui dessine depuis toujours et fréquente les ateliers de dessin d’après modèle vivant.

A la fin de la séance, en conclusion de l’ouvrage, « Charlotte a posé ses pinceaux ; je me rhabille, jusqu’à la prochaine fois« . Une prochaine séance, et certainement d’autres expériences.

Même parfois crue, descriptive, l’histoire ainsi contée ne laisse pas indifférent. Dans une même thématique, elle pourrait facilement rejoindre sur les rayon de la bibliothèque celle de Rachel Monnat ou de Laure Becdelievre . Et, qui n’aurait certainement pas été désavoué par Colette, dont on célèbre cette année le 150e anniversaire de la naissance.

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