30 octobre 2020

Peut-on désapprendre la honte de la nudité ?

“Horizon” est l’émission de vulgarisation scientifique la plus regardée en Grande-Bretagne. Produit et diffusé sans interruption depuis 1964 par la BBC, ce magazine a depuis longtemps dépassé son numéro mille. Cette émission n’hésite pas à s’écarter parfois un peu de la science au sens étroit, quitte à empiéter de temps en temps sur les domaines de la médecine, de la sociologie, voire même de l’histoire ou de la philosophie.

Chaque numéro est organisé comme une enquête, le titre posant une question qui trouve des réponses au cours des 60 minutes de programme qui suivent. 

 

Cette semaine, sur la chaîne BBC 2, vient d’être diffusé un numéro de cette série à une heure de grande écoute (mardi 3 mars 2009 à 21 h) consacré à la pudeur, intitulée “Can people unlearn their naked shame?”, soit “Peut-on désapprendre la honte de la nudité ?” Certes l’émission abordait tout un ensemble de points relatifs à la nudité, comme le rôle des poils dans la protection contre la chaleur, le rôle de la transpiration chez l’être humain et même l’adaptation des poux à la pilosité humaine, alors que la notion de pudeur n’occupait qu’une partie du temps d’antenne ; c’était cependant le point central du propos de ce programme, et de loin le plus spectaculaire.

Le point de départ de l’émission est résumé de la façon suivante : “Il fut un temps où nous étions tout à fait à l’aise à nous promener tout nus, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui… Pourquoi avons-nous tellement honte d’être vus nus ? Et-ce quelque chose de profondément ancré dans la nature humaine qui trouve abjecte la vue de la peau nue ? Ou bien une pruderie héritée du dix-neuvième siècle ?”

L’intérêt de l’émission est d’avoir fait subir à des cobayes quelques expériences, toutes basées sur la pratique de la nudité en société. Huit personnes, hommes et femmes, âgées de 25 à 50 ans, dont aucune n’était naturiste, se sont livrées à de petits jeux qui avaient pour but de permettre de tester leurs réactions devant la nudité.

Dans un premier temps, quatre cobayes, à peine arrivés dans les studios, sont laissés seuls, chacun à leur tour, dans une pièce vide devant un miroir en pied, et il leur est demandé de se déshabiller devant le miroir. Ce n’est qu’une fois qu’ils se sont déshabillés et qu’on les a laissés patienter un moment nus qu’on leur explique qu’il s’agit d’une glace sans tain et qu’un autre cobaye, placé de l’autre côté, les a regardés se déshabiller. Si certains ne réagissent guère à cette révélation, d’autres au contraire n’hésitent pas à s’exprimer : Kath, par exemple, dit qu’à ce moment-là elle aurait voulu que “le sol s’ouvre sous ses pieds.” Quelles que soient leurs réactions, tous les cobayes, ceux qui se déshabillent comme ceux qui les regardent, montrent les mêmes symptômes, rougeur du visage, accélération du pouls et augmentation de la tension artérielle. Il s’agissait, par cette expérience, de prouver que la honte de la nudité existe vraiment.

Pour la deuxième expérience, les quatre cobayes qui s’étaient déshabillés, maintenant rhabillés, doivent déshabiller de leurs mains les quatre autres cobayes qui avaient servis de “voyeurs” dans la première expérience et qui se laissent faire de bonne grâce, même si les visages et les sourires parfois un peu forcés montrent les réticences qu’ils ressentent.

Chacun est ensuite invité à peindre le corps du cobaye qu’il vient de déshabiller, avec trois couleurs mises à sa disposition : du vert pour les parties du corps qu’il peint sans problème, du jaune pour les parties qu’il trouve difficiles de toucher, et du rouge pour les parties qui lui demandent un très gros effort. Les corps des modèles deviennent donc des cartes vivantes des inhibitions de ceux qui les ont peints. D’une façon intéressante, l’un des cobayes refuse de peindre les organes génitaux de son modèle ; un autre reproduit sur le corps de son modèle quelque chose qui se rapproche d’un bikini, avec des zones jaunes entourant les endroits les plus délicats peints en rouge. Par contre Kath, qui avait mal vécu son propre déshabillage dans la première expérience, semble avoir perdu toute inhibition puisqu’elle recouvre son modèle d’une couche verte intégrale sans avoir recours ni au rouge ni au jaune.

Remarquons que l’émission s’intéressait uniquement aux notions de nudité et de pudeur, sans tenir compte du sexe des cobayes ; ainsi, pour toutes les expériences, certains couples étaient du même sexe et d’autres non, sans que cela change fondamentalement les résultats. Ainsi le modèle féminin qui s’est retrouvé avec un bikini jaune et rouge tranchant sur le reste du corps peint en vers était-il peint par un autre femme.

Les cobayes ont été eux-mêmes surpris de sentir leurs blocages disparaître sans même qu’ils s’en rendent compte. Le dernier jour une petite réception est organisée, et tous les cobayes y participent nus, croquant des canapés au saumon et bavardant dans le plus simple appareil, un verre à la main, s’en que quiconque y fasse attention : la nudité est devenue pour eux tout à fait naturelle.

 

Pour le départ des cobayes, il leur est proposé de rejoindre les taxis qui les attendent dans la rue devant le studio sans s’habiller, alors que de l’autre côté de la rue un pub étale ses tables en terrasse ; six des huit cobayes relèvent le défi et sont filmés courant nus sur le trottoir jusqu’aux véhicules qui les attendent.
 

Quelles conclusions tirer de ces expériences ? Rien qui soit bien révolutionnaire pour nous qui sommes naturistes : que la pudeur est un sentiment relatif, que vivre nu en société lorsqu’il existe un climat de confiance est possible et même très facile, et donc que la question posée dans le titre de l’émission reçoit sans ambiguïté une réponse positive : oui, bien sûr, il est possible de désapprendre la honte de la nudité. Certes l’émission ne va pas jusqu’à promouvoir le naturisme, qui de toute évidence ne fait pas partie de l’expérience des présentateurs ; mais c’est pourtant la leçon qui s’impose à l’issue de cette émission. Et la scène où l’on voit les cobayes partageant le verre de l’amitié nus avant de se séparer fait penser immanquablement, par son naturel et sa spontanéité, à un apéritif organisé dans un club naturiste.

L’un des participants, Phil, résume ainsi ce qu’il a appris : “Une chose qui me restera de cette expérience, c’est comme il est facile de se lier avec des inconnus dans ce qui devrait paraître comme un environnement totalement artificiel dans lequel, d’après nos normes sociales, nous ne devrions absolument pas être à l’aise.”
Remarquons pour terminer que la BBC a diffusé cette émission un soir à 21 heures sur une chaîne grand public sans éprouver le besoin d’appliquer aucun floutage sur les images, même sur les gros plans.

Voir la Vidéo     https://www.naturisme-france.com/forums/reportages-emissions-tv/2009-03-03-bbc-uk-can-people-unlearn-their-naked-shame

16 réflexions sur « Peut-on désapprendre la honte de la nudité ? »

  1. Je trouve ce reportage intéressant.
    Il est certain qu’il y a une honte face à la nudité, a cause de l’éducation reçue qui a fondé en nous le sentiment honteux quant à etre nu devant les autres.

    Par contre, quand tout le monde est nu, il faut voir dans ce reportage que le naturel revient au galop, meme si les personnes cobayes avaient l’air géné au début, maintenant qu’ils sont tous nus et qu’ils se “connaissent” la honte a disparue. De là à dire qu’ils tenteront l’experience du naturisme par la suite, il y a encore du chemin, mais au moins, on peut considérer qu’etre nu collectivement fait quasiment automatiquement tomber la honte et la gene a la vue d’un corps dénudé.

    Et c’est une bonne chose que la nudité ne soit pas flouté, ça prouve une certaine ouverture d’esprit, et apres tout, on montre bien quotidiennement des meurtres et des scenes de violence dans les journaux et les films, et qui eux, n’ont rien de naturel… [addsig]

  2. Un commentaire sur le sujet et les images non floutées que la télévision française ne semble pas près de nous proposer. Pourtant hier soir sur la 2 quelques images d’époque illustrant l’esprit 68 montraient fugitivement des nudités naturelles.

    Une question tout de même concernant les cobayes de l’émission britannique : que leur avait-on dit pour les recruter ? Ont-ils accepté par avance la possibilité d’apparaître nus ? Et dans ce cas la façon dont ils ont réagi n’est évidemment pas représentative du public moyen. Sinon, j’ai un peu de mal à croire que des téléspectateurs ordinaires, absolument pas avertis de ce à quoi ils s’exposent acceptent dès leur entrée dans les studios de se déshabiller entièrement, même dans une pièce où ils sont seuls, sans savoir pour quoi faire.
    Si une telle émission peut amener le public à penser que la nudité n’est pas si difficile à accepter, c’est tant mieux, mais ça sent le bidonnage à plein nez. Avez-vous remarqué qu’on ne voit pas ou presque pas de traces de maillots ? [addsig]

  3. J’ai eu la même réaction que papygb en voyant ce reportage.

    Comment ont été recrutées ces personnes. Je doute vraiment qu’elles avaient une réelle appréhension face à la nudité. Elles devaient savoir la teneur du reportage, la diffusion prévue à une heure de grande écoute. Il me semble difficile d’accepter (alors qu’on vient de se déshabiller pour la première fois devant une camera et d’apprendre qu’on été observé derrière une glace sans tain) de remonter dans la salle où se trouve le reste du groupe habillé. Et les 4 premiers restent nus au milieu des autres lors des tests sur les choix de photos ! Les 4 autres acceptent de se laisser déshabiller entièrement par un inconnu puis peindre tout le corps avec la caméra qui film en gros plan ! Enfin 8 sur 10 acceptent de sortir nus pendre le taxi dans les rue de Londres. Après 20 ans de naturisme, je ne le ferais pas.

    Le reportage est intéressant mais semble aussi en partie bidonné.

    André

  4. Salut,

    J’ai lu attentivement le recit ecrit car la video meme si je l’ai regarde, je parle pas anglais.
    Meme si les cobayes ont ete recrute en ayant une certaine idee de ce qu’il pourrait leur arriver. Ils etaient deja volontaires pour une experience, et la en general il y a pas foulle.
    Apres etre nu en societe est diferente, selon les origines des gens, une suedoise sera moins gene qu’une portugaise. Mais je trouve se reportage interesant quand meme. Mais la nudite non sexuelle doit etre dedramatise, pour moi cela eviterai beaucoups de complexes et les gens s’accepterai certainement plus facilement. [addsig]

  5. En fait, l’émission ne militait pas pour dédramatiser la nudité : pas la moindre allusion au naturisme dans le programme. Il s’agissait simplement de répondre à la question posée par le titre du programme : “Peut-on désapprendre la honte de la nudité ?”, c’est à dire vérifier que la pudeur n’est pas un fait naturel, inné (et donc impossible ou très difficile à faire disparaître) mais culturel, appris (et donc qu’il est possible de la faire disparaître si les circonstances s’y prêtent).
    L’émission parvient fermement à la conclusion que la pudeur est d’origine culturelle, et donc qu’on peut la faire disparaître dans certains cas avec un peu de pratique.
    Même s’il est tout à fait possible que les expériences soient, au moins en partie, “bidonnées”, la conclusion à laquelle parvient l’émission est, en soi, que les auteurs du programme le veuillent ou non, une explication et une justification du naturisme.
    À propos du choix des cobayes : il faut quand même remarquer que deux d’entre eux n’ont pas accepté de rejoindre leur taxi nus – et faire remarquer, en même temps, comme l’écrit Balou, que courir s’engouffrer nu dans son taxi n’est pas en soi naturiste, et que bien des naturistes refuseraient de le faire.
    Remarquer aussi qu’on ne suit pas vraiment la totalité des 8 cobayes tout le temps, en particulier dans les interviews ; certains ont de toute évidence préféré rester plus discrets que d’autres, ce qui pourrait montrer que certains ont mal supporté les expériences.

  6. Effectivement, accepter aussi facilement cette expérience montre soit une vraie ouverture d’esprit, soit une façon de “manipuler” les cobayes assez bien réalisée. En tous les cas, c’est amusant et pédagogique comme démarche

  7. Bonsoir,

    Ayant regardé l’emission attentivement (merci Gilles) et comprenant très bien l’anglais, le reportage n’est pas bidoné. Ils expliquent très clairement qu’ils ont recruté des volontaires qui savaient que l’expérience comprenait de la nudité et qu’ils acceptaient d’être filmé nus. Quand on est volontaire pour une étude scientifique, il faut toujours répondre à un questionnaire et accepter les conditions au préalable.

    L’expérience avait pour but de savoir si la pudeur était innée ou acquise. Ils ont prouvé scientifiquement que c’était acquis.

    Ce que nous savions déjà 😉

    A bientôt, pour de nouvelles expériences !

    Jerome (Bruxelles)

  8. Citation : Jeromej 

    Ils expliquent très clairement qu’ils ont recruté des volontaires qui savaient que l’expérience comprenait de la nudité et qu’ils acceptaient d’être filmé nus. Ce que nous savions déjà 😉
    Jerome (Bruxelles) 

    Ces volontaires n’avaient donc pas grand chose à “désapprendre” en fait de pudeur et “l’expérience” ne prouve donc rien.
    Mais évidemment nous savons tous que la pudeur liée aux organes sexuels est culturelle et peut se désapprendre … tant qu’elle est restée dans des limites raisonnables. Quand elle est allée jusqu’à une véritable phobie de la nudité le désapprentissage relève du traitement psychiatrique.

  9. Oui, je l’ai bien vu, mais c’est quand je clique dessus, je tombe sur une page bizarre avec plein de liens dont un tombe sur le site “Tousnus”, mais je n’ai pas réussi à voir la vidéo en question !!! [addsig]

  10. Phil, une fois que tu es sur la page qui comporte un lien vers TousNus, il faut vraiment aller tout en bas de la page, comme l’écrit Gilles : faire défiler la page vers le bas jusqu’à ce qu’on arrive à sa limite inférieure. C’est là, et seulement là, que se découvre un iien indiqué “Voir ou télécharger la video”, et c’est celui-ci qui envoie sur la page Free où est hébergée la vidéo, page sur laquelle il faut de nouveau cliquer un lien pour télécharger le document.

  11. Phil, je ne vois vraiment pas comment la video aurait pu se mélanger à une autre…
    Regarde bien la video jusqu’au bout (en accéléré, par exemple) : une bonne partie de l’émission était commentée depuis la brousse africaine et portait sur l’évolution de l’homme et de sa pilosité ; c’est sans doute ce que tu as pris pour un safari ? Plus loin, l’émission revient au studio et aux cobayes.
    jacques69

  12. En fait, c’est le téléchargement qui avait planté, donc je n’avais pas la totalité.
    Je l’ai retéléchargé et je l’ai bien eu en entier.
    Je ne suis pas sûr qu’on aurait eu les mêmes réactions avec un autre groupe, donc je n’accorde pas un caractère scientfique à ce reportage, car une expérience ne peut se prétendre scientifique que si elle est reproductible en donnant les mêmes résultats.
    Ceci dit, je suis persuadé sans expérience qu’on peut désapprendre la honte liée à la nudité, qui est sans doute un héritage du dix-neuvième siècle !
    [addsig]

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