31 octobre 2020

Sylvie, présidente de l’APNEL – le portrait du jour dans Libération du 11 novembre 2008

Le naturisme lui a permis de surmonter la maladie et le deuil. Cette femme de 44 ans milite depuis pour le droit à vivre en “tenue de peau” et participe à des “randonues“.

Plus que son visage, on voudrait d’abord décrire son corps, ce corps autour duquel s’articule toute son histoire,  ce corps dont elle a longtemps eu honte, ce corps marqué qu’elle montre désormais jusqu’à faire de cette nudité un mode de vie.

Sa démarche frappe d’emblée, chaloupée, hésitante parfois, trace des années de maladie.

La démarche et les cicatrices qui marbrent les hanches, témoins de ses dernières opérations.
Les seins sont ronds, presque lourds, rappel immédiat de sa féminité d’adulte.
Les jambes, minces, à la limite d’être grêles, paraissent prêtes à céder sous le buste.
La toison pubienne dessine comme un T brun.
Petite, menue, presque enfantine, elle appelle spontanément la protection.

Sylvie naît dans l’Essonne, où elle vit encore aujourd’hui. La maladie la frappe bébé.
A 22 mois, elle est hospitalisée : on parle de polyarthrite juvénile.

L’enfance se passera sous le signe de l’hôpital, où elle fera de longs séjours.
«Je n’avais pas conscience d’une mort possible, mais ça a été très marquant.»
A 12 ans, la maladie est, lui dit-on, stabilisée. On l’opère des hanches, trois fois.

Elle passe ensuite un CAP d’employée de bureau. «Je faisais un peu peur aux garçons.
Il y avait sur moi un autre regard que celui porté sur mes copines.
A l’époque, monter mon corps nu et abîmé m’aurait paru impossible. Le monde m’effrayait.»

Un homme pourtant la séduit. Il a six ans de plus qu’elle, qui en a 17 et demi.
«Ça a été un grand bouleversement. Il ne m’a jamais posé de questions. Il m’a protégée et donné ma force.»

Ils se marient. Elle tombe enceinte. Ce sont des jumeaux.
Mais une grossesse extra-utérine lui fait perdre les enfants.

Puis son époux est victime d’un cancer : il meurt en 2005.
«L’amour que cet homme me donnait était le moteur qui me faisait avancer.»
Elle reste seule avec un beau-père à charge. Malade lui aussi et qui succombe à son tour.
«Deux décès dans la même année, c’était trop. Là, je suis tombée.» Et le corps réagit.
«Je me suis verrouillée de partout. A nouveau, j’ai eu très mal.»
Elle essaie tout pour combattre la douleur: thérapie naturelle, sophrologie, acupuncture… La dépression la guette.

«Je refusais de prendre des médicaments.» Elle en parle à son pharmacien.
C’est lui qui va l’aider à sortir du trou, l’orienter vers une sorte de renaissance.
Depuis des années, Jacques est naturiste.
Plus : «nudien», contraction aux accents libérateurs des mots «nudiste» et «indien».
C’est un mode de vie, une passion, une révolte.

La révolte, Jacques l’a dans le sang. Il a été objecteur de conscience, militant.
Depuis tout petit, il aime vivre nu, y voit un droit fondamental et une source d’équilibre.

Au moment où ils se rencontrent, il vient d’initier l’Apnel (Association pour la promotion du naturisme en liberté).
Objectif : abolir l’article du code pénal qui assimile la déambulation nue à l’exhibition sexuelle
et aider financièrement ceux qui, surpris en tenue d’Adam, se font condamner.

Dans l’Essonne, où il vit lui aussi, il organise régulièrement des «randonues»,
des promenades sur des sentiers publics dans le plus simple appareil.
«Sylvie était dans un milieu familial très protecteur. Il lui fallait un espace de liberté,
où elle pourrait moins penser à ses propres difficultés. Elle se noyait.»
Thérapie inédite : il l’invite à participer à une «randonue». Jacques reconnaît :
«J’étais intéressé, je l’avoue. L’Apnel manque cruellement de femmes, et cette absence nous décrédibilise.»
Sylvie commence par refuser. «Je pensais que ça ne serait pas possible. J’étais trop sensible au regard des autres.»

Un jour, pourtant, elle vient. Pour voir. Le groupe va à La Roche-Billard, terrain de jeu préféré des nudiens
qui aiment y escalader les rochers, y monter aux arbres, s’y promener fesses à l’air dans les prés…
Il fait moche. La pluie tombe un peu le matin. Ils sont une douzaine. Après le pique-nique, le soleil arrive.
Un rayon perce. Ceux qui s’étaient couverts se re-déshabillent en riant.
Elle aussi. «Il n’y a eu ni regards ni questions. Je me suis sentie bien. J’avais osé.»

De balade en balade, le plaisir s’est accru. Jean-Claude Martin, son meilleur ami depuis vingt ans, le constate.
«C’était une femme renfermée à cause de son handicap. Elle était très femme au foyer. Là, elle est devenue un peu plus libre.
Ça lui a profité, c’est sûr.» Sa mère aussi affirme le bien que lui font ces balades.
«Ça ne m’a pas vraiment étonnée : malade, elle avait été examinée sous toutes les coutures.
Alors, la pudeur… Elle s’y est vraiment épanouie.»

La maman est même allée rejoindre l’Apnel à un congrès naturiste au centre Heliomonde. Choquée ? Du tout :
«Si elle est mieux comme ça, j’en suis ravie.» Tentée pour elle-même ? «Oh non, pas à mon âge.»
«- Mais, maman, on s’en fiche.» «- Non, quand même pas…» Aujourd’hui, même si la maladie s’est réveillée,
Sylvie la voit venir avec plus de sérénité. «Je me suis réapproprié mon corps.»
Elle milite et est devenue l’égérie du petit groupe. Entourée de ses hommes
(seules deux autres femmes sont des fidèles du groupe Apnel Essonne),
elle prépare, organise, les réunit en week-end ou leur mijote des couscous vespéraux.

Quand il y a une «victime» des tribunaux à défendre, elle organise la collecte, la «solidarnue».

Après les balades, ils se retrouvent chez elle ou chez Jacques, et regardent les photos des précédentes «randonues».
Tous militent pour le droit à vivre «en tenue de peau» .
Ils ont leur martyr, Steve Gough, un Anglais emprisonné en Ecosse car il refuse de se rhabiller.
Leur pays de cocagne, l’Espagne, où la constitution reconnaît le droit à vivre sans vêtements
et où un aimable provocateur se promène nu dans les rues de Barcelone en montrant le texte aux policiers qui l’approchent.

Dans les éternels débats qui divisent le milieu (Faut-il ou non «randonuer» en dehors des centres naturistes ?
Faut-il accepter ou non des «textiles» dans les groupes de nudiens ?), révélant aussi des Savonarole nudistes,
Sylvie défend généralement la ligne douce. Elle rêve d’un monde d’une tolérance totale, où chacun irait comme il veut,
dans le respect de l’autre. «Ce n’est pas pour tout de suite. Mais je voudrais qu’on puisse partager quelques lieux, textiles et non textiles.»

Et, si ces réunions clament haut et fort leur côté désexualisé, elle a trouvé un nouveau compagnon en leur sein.
Il était presque normal qu’elle accepte la présidence de l’association.
Standardiste à Carrefour, en arrêt maladie, elle avait aussi plus de temps.

«Pour nous, avoir une femme, c’était capital. J’aurais presque voulu avoir un enfant comme président», dit Jacques.
«J’ai voulu rendre au naturisme ce qu’il m’avait donné», explique-t-elle.
Au début, j’ai douté. C’est un défi. Mais ça me valorise. Je veux continuer le combat.»
Des défis, elle s’en impose d’autres. L’an dernier, elle a, pendant cinq jours, traversé les Pyrénées.
Nue, sur ses faibles jambes, souvent aidée par ses compagnons.
En Espagne, un aubergiste les a laissés s’installer dans leur tenue de marche
(sac à dos, chaussures et rien d’autre) à la terrasse d’un café.
Les gens sont passés, sans s’offusquer, intrigués mais amicaux.
«C’est cette tolérance dont je rêve. Pas de regards, pas de gêne.»

Hubert Prolongeau

NB : J’ai fait quelques très légères corrections pour éviter les “mal entendus” Sylvie
.Source

19 réflexions sur « Sylvie, présidente de l’APNEL – le portrait du jour dans Libération du 11 novembre 2008 »

  1. Bravo ! pour cet article très positif qui montre le courage et la persévérance de Sylvie et qui présente l’essence de la démarche naturiste.
    Et “cerise sur le gâteau”, il est intégré dans un journal largement diffusé.

  2. Bonjour Sylvie.

    j ai lu ton histire.
    pas banal…
    je comprends tes suffrances quand tu etais petite…
    quel bonheur trouver un homme qui teprotege et t aime..
    quel bonheur attendre des jumeaux.
    mais le destin a choisi differement…..

    je suis jumeau et marié a une jumelle..
    c est pout ca que je tiens a t envoyer un petit mot…
    pour te feliciter pour ton engagement pour
    la liberté de la nudite.

    bonne continuation.
    bises.
    r&c [addsig]

  3. Merci pour ce témoignage qui m’a ému. Beaucoup de gens n’osent pas tomber les habits car ils n’ont pas un corps conforme aux modèles véhiculés par les médias.
    Puisse cet exemple aider les lecteurs à mieux accepter leur corps et à se libérer.
    Ce que j’aime chez les “vrais” naturistes et le fait de vivre le plus naturellement possible, sans préjugé, sans jugement, ce qui est rare chez les “textiles”.
    Il y a des qualités telles que l’empathie, la gentillesse, etc. qui sont bien plus importantes que d’avoir un corps “top” !
    Merci à Sylvie pour son oeuvre au sein de l’APNEL, association pour la promotion du naturisme en liberté. [addsig]

  4. bonjour sylvie
    ton histoire porte en elle bien des qualités que je cherche à intégrer et qui sont à mon humble avis l’essence meme du naturisme. je sais ce dont tu parles pour l’avoir éprouvé et je pense que ce mode de vie peut etre un véritable remède aux maux de notre société.
    merci de te mettre à nue devant nous,tu es l’exemple à suivre,il me reste tant à faire mais tu me donne tellement d’espoir.
    voir la video de naturisme-tv sur dailymotion titré naturisme et bien etre(aller dans membre)
    c’est fou ce qui peut se cacher derrière un petit bout de tissu ? 🙁 patounu

  5. trés beau temoignage , trés bel homage a une femme qui le merite, la preuve que la nuditée aporte bien plus que la visions sexuel que certaint peuvent avoir! :=! il faut des gens comme vous dans ce monde (textil ou non!) et il faut parler d’eux! combien de personne sont encore mal dans leur peau et qui n’ euront pas la chance de Sylvie de comprendre que l’on s’en fou de leurs andicapes ce qui importe c’est ce qu’ils sont !

  6. Bravo Sylvie pour ce portrait fait par Libé (mon quotidien préféré en plus !). Bien que je te connaisse un peu, je ne connaissais pas toute ton histoire, par pudeur certainement je ne t’avais jamais questionné à ce sujet. Mais c’est vrai quand on te connait, tu dégages une joie de vivre et une force admirable dont chacun peut prendre exemple.
    Bravo encore et ne changes rien, tu es la meilleure représentante du naturisme et de ces bienfaits…

    Bises et à très bientôt, peut être pour déguster un de tes fabuleux couscous (lol)
    [addsig]

  7. Cet article est vraiment très émouvant.
    Le récit qui y est fait force l’admiration et le respect.
    Sylvie, tu portes haut les couleurs d’un mouvement en plein essor, dont on ne demande qu’à le voir s’épanouir encore.
    Chapeau bas pour ton courage et pour ton action. [addsig]

  8. Félicitations pour ce témoignage et ce courage.
    Cela nous rappelle que parfois avant de nous plaindre, on oublie à quel point on est chanceux.
    Quant à la solution par la nudité, il est évident que les nudistes ou les nudiens ont un regard plus sains sur le corps des autres car eux-même n’ont pas la possibilité de tricher.
    Bon courage, mais manifestement vous n’en manquez pas pour lutter contre votre maladie. [addsig]

  9. Sans vouloir paraphraser mes petits camarades, c’est très émouvant et en même temps c’est une magnifique leçon de vie et d’espoir.
    Bravo à vous tous et peut être spécialement à Jacques qui a osé proposer cette aventure à Sylvie.
    Prends bien soin de toi Sylvie. [addsig]

  10. Copier-coller de ma bafouille sur le site de Libération :
    clar à deux réserves près, très bon article
    la première réserve, c’est le mot “exhibition” qui est fort malvenu. Le but de Sylvie n’est pas de se montrer, c’est seulement qu’elle a intégré l’idée qu’il n’y avait pas à avoir honte de son corps, nu ou habillé, malade ou en bonne santé, et qu’on n’avait pas à le cacher comme on cache une tare, un forfait.

    La seconde remarque est juste un petit point : ce n’est pas le code civil, mais le code pénal, dans son article 222-32, qui réprime l'”exhibtion sexuelle imposée à la vue d’autrui”.
    Mais comme il est noté dans l’article, personne n’impose rien à la vue d’autrui (se promener, ce n’est pas comme aller se planter juste en face pour forcer à voir), et la nudité d’un groupe de promeneur, ça n’a rien de sexuel.

    La loi ne punit pas la nudité, elle punit seulement les comportements exhibitionnistes.
    Il serait temps que certains cessent de confondre une personne nue, dans la nature, dans une piscine, sur une plage etc., avec un exhibitionniste. L’exhibitionniste (qui généralement n’est pas nu, et se dénude au dernier moment, pour choquer, pour surprendre), il est nu pour autrui, pour l’effet que ça produit. Le nudiste, il est nu pour lui-même, parce qu’il se sent bien ainsi, et ce qu’il recherche, c’est le contraire de l’exhibitionniste, il recherche à ce que personne ne prête attention à sa nudité, qui doit être considérée comme une tenue tout à fait banale, normale.
    Les deux attitudes en fait s’opposent terme à terme.
    Il serait temps que certains policiers, gendarmes, magistrats, et aussi le grand public, en prennent bonne note.

  11. bonjour à tous,
    moi aussi, la nudité collective m’a permis de surmonter un deuil.
    Je ne sais pas comment, mais le retour au fondamentaux, l’acceptation totale de nos propres défauts, de ses signes qui disent notre statut mortel nous aide à nous accepter mieux que les artifices qui les cachent.
    Je regrette encore de ne pas etre venu a la wbnr de londres tellement plus sympa que notre edition 2008
    bravo a vous et a l’apnel
    Eric

  12. Bravo Sylvie, beau papier !

    J’ai aussi ri en lisant :

    “Dans les éternels débats qui divisent le milieu (Faut-il ou non «randonuer» en dehors des centres naturistes ?
    Faut-il accepter ou non des «textiles» dans les groupes de nudiens ?), révélant aussi des Savonarole nudistes, “

    Pour un portrait de cet être délicieux qu’était Savonarole :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Savonarole

    Ceux qui préfèrent la nudité partagée par le plus possible de monde, dont je fais partie voient à quoi ils peuvent être comparés !

    Qu’en penses-tu l’ami Savonarogilles ?
    [addsig]

  13. Concernant le message précédent, je m’aperçois que j’ai oublié de mettre des émoticônes, ce qui lui donne un aspect “sec”.
    Il s’agissait bien évidemment d’un clin d’oeil comme celui-là : 😉 à la fin du message

    Alors bravo encore une fois ! :=! [addsig]

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