24 octobre 2020

Quand le nu prend la parole

Le plus vieux costume du monde s’est beaucoup porté dans plusieurs créations théâtrales récentes. A Genève, la tragédie de Phèdre, qui se joue entièrement dénudée, en est l’ultime manifestation. Provocation ou nécessité, la question peut se poser.
Source 24 heures

Blafards, dans la lumière du jour finissant, les corps nus des cinq comédiens engagés dans cette représentation de Phèdre se dévoilent crûment: rougeurs, plissements, taches bleutées, aucun défaut de peau ne peut échapper à l’oeil du spectateur. Voyeur obligé, il est invité à tourner autour de la scène érigée comme un ring au milieu de la salle. Parfois, un acteur en descend, se mêle au public. Cette promiscuité avec la nudité suscite diverses réactions: les uns reculent, les autres observent sans bouger, certains avancent…

Sollicité auditivement par le flux éructé des alexandrins de Racine et par le bruit des fortes claques que se donnent les interprètes, le spectateur est bousculé, perturbé dans sa relation à la représentation théâtrale. En montrant ce qui se dit, les corps des acteurs participent à donner une nouvelle dimension au texte classique, creusant des failles dans la métrique impeccable des alexandrins. Les comédiens d’âge mûrs récitent nus comme pour montrer que les mots, à force d’extraction, ont usé les corps.

 

VULNÉRABLE: En jouant nus, les acteurs de Phèdre proposent une ouverture vers un autre espace de perception et confèrent aux corps vieillis une émouvante dignité.

«Le corps est le point de départ de la production textuelle de Phèdre», souligne Claudia Bosse, metteuse en scène d’origine allemande. Qualifiée de radicale par ceux-là même qui l’accueillent régulièrement au Théâtre du Grütli à Genève, elle est coutumière d’expériences originales en rupture avec le théâtre traditionnel. «Le corps m’apparaît ici comme le lieu d’émergence de la tragédie, comme le vecteur de la parole dramatique ramenée à la lumière. La passion, contrainte par les conventions sociales liées à la toute puissance d’un état ou d’un roi – en l’occurrence Louis XIV – ne peut plus se cacher sous l’habit.»

Un autre espace de perception

La nudité du spectacle de Phèdre n’est pas choquante, même si elle semble un peu provocante quand elle détourne les conventions. Ainsi Phèdre est jouée par un homme, Frédéric Leidgens, qui prend des poses effarouchées en cachant son sexe. En jouant nus, les acteurs proposent une ouverture vers un autre espace de perception et confèrent aux corps vieillis une émouvante dignité. «Le nu est mon costume, affirme Armand Deladoëy, 60 ans, qui interprète Thésée. C’est une nécessité de la dramaturgie, un outil de mise à nu qui pousse à l’authenticité. Je n’ai aucun problème avec ça. Je crois que chacun y pose son propre regard avec tout ce qui le constitue culturellement.»

En montant récemment Hiroshima mon amour de Marguerite Duras au Théâtre?2.21 à Lausanne, Giorgio Brasey a lui aussi mis en scène des comédiens dénudés, mais il se défend de suivre l’air du temps. «Je n’ai pas éprouvé le besoin du nu. C’était la situation, inspirée du texte, qui l’impliquait.» Les deux acteurs (Cathy Sottas, Xavier Fernandez-Cavada) apparaissent nus à l’issue d’une nuit d’amour, lovés dans une sorte alcôve virtuelle. «En cours de travail, cette nudité a pris un sens insoupçonné mettant en évidence la fragilité des corps et la beauté de la relation amoureuse. Ce n’est pas une nudité qui se montre, c’est une nudité qui est montrée.»

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