29 octobre 2020

600 modèles se sont gelés les fesses sur le glacier

Le photographe Spencer Tunick a persuadé 600 personnes de se déshabiller pour dénoncer le réchauffement climatique. Couchés sur la glace, les participants ont grelotté pour véhiculer le discours de Greenpeace sur le recul des glaciers. Au moment de prendre la pose, les participants calent leur petit coussin sous leurs fesses et cachent leurs pantoufles sous leurs épaules pour qu’aucun objet n’apparaisse sur le cliché. Congélation garantie!
L’ordre de Spencer Tunick est sec: «Déshabillez-vous!» Mais dans la foule, le geste est maladroit: retirer ses vêtements sans poser le pied sur la glace est un exercice d’équilibriste. Pourtant, 600 participants suisses et étrangers ont obéi en silence au photographe américain, hier après-midi sur le glacier d’Aletsch. Qu’ils soient venus en stop de Pologne ou en train de France, ces écolos ont tous posé nus pour dénoncer le réchauffement de la planète.Devant moi, un homme debout sur les pantoufles distribuées par les bénévoles de Greenpeace coince un coussin de feutre blanc entre ses fesses. Il obéit à la lettre aux indications du photographe, juché sur une échelle. Aucun accessoire ne doit apparaître sur les clichés: ni coussin, ni pantoufle, ni montre, ni lunette, ni bague. Je relaie ses ordres en tapotant sur l’épaule de deux figurantes pour leur demander de dénouer leurs cheveux…

Les peaux frissonnent
Sans mes lunettes médicales, impossible de lorgner sur l’anatomie de mes voisins et voisines. Leurs courbes se détachent dans la blancheur sale du glacier, mais les regards ne sont pas lubriques. L’ambiance est joyeuse et aucune individualité ne se détache de la masse. Lorsque les 600 corps se couchent pour une seconde pose, le coussin sous les fesses et les pantoufles sous les épaules, les peaux frissonnent. «Tu feras ça au Maroc, contre la désertification!» lance mon voisin. Mais l’enthousiasme des participants congelés n’est pas refroidi: «Je l’aurai fait: me coucher à poil sur la banquise», reprend la même voix.

Parapentistes voyeurs?
Trois heures plus tôt, c’est dans les rochers que les figurants se sont dévêtus devant le glacier. Spencer Tunick a houspillé le chanvrier Bernard Rappaz, le seul à tourner la tête à gauche quand il fallait regarder à droite. «Je suis un écologiste avant l’heure, moi qui ai initié la section valaisanne du WWF», raconte le chanvrier valaisan. Se déshabiller pour la bonne cause est une attitude naturelle pour lui: «Mes parents m’ont habitué au naturisme.»

Lorsqu’une quinzaine de parapentes surgissent dans le ciel, Bernard Rappaz rigole: «Voilà les voyeurs!» Plus loin, une participante glisse son impression à sa copine: «Ça exprime bien la fragilité.» Celle de l’homme et celle du glacier. Cette remarque indique combien l’intention de Spencer Tunick est bien comprise: depuis 1992, l’artiste prend des photos de foules dénudées pour souligner la fragilité du corps humain dans son environnement. Mais jamais le photographe n’avait disposé d’un décor aussi immaculé. Il enverra un cliché à chaque participant, mais son cri du cœur, lancé à la foule qui l’applaudit, valait à lui seul le déplacement: «Je vous aime!»

Vincent Donzé – 18/08/2007 Le Matin Dimanche


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